La fibromyalgie est caractérisée par une douleur généralisée et persistante. Entre 2 et 4 % de la population est atteinte de fibromyalgie. Elle se présente souvent accompagnée d’autres symptômes, mais la progression de la fibromyalgie demeure encore inconnue. Des études supplémentaires sont nécessaires pour comprendre cette maladie pour mieux la prévenir ou la traiter. Notre système immunitaire pourrait avoir un rôle ou être influencé par la fibromyalgie. Les scientifiques aimeraient mieux comprendre comment les anticorps sont reliés à la fibromyalgie et appliquer ces connaissances pour concevoir de nouvelles stratégies thérapeutiques et diagnostiques.
But
Pr Krock et ses collaborateurs ont observé auparavant que les anticorps IgG provenant de personnes atteintes de fibromyalgie provoquent chez les souris un comportement semblable à la douleur. Les cellules gliales représentent un autre acteur important, car elles couvrent et protègent les neurones. Les anticorps se lient aux cellules satellites gliales (SGCs) humaines et murines, ce qui suggère que les anticorps et l’auto-immunité pourraient être à l’origine d’un sous-groupe de cas de fibromyalgie. Cependant, dans cette étude initiale, les scientifiques n’ont pas examiné la fréquence à laquelle les personnes atteintes de fibromyalgie présentaient des anticorps. Bien que les chercheurs et chercheuses n’ont pas identifié les cibles antigéniques spécifiques des anticorps, nous savons que ces anticorps se lient aux cellules SGC. L’équipe de recherche a donc voulu déterminer la fréquence à laquelle les personnes vivant avec de la fibromyalgie ont des anticorps dirigés contre les cellules SGC et si ces anticorps sont associés à la sévérité de la maladie.
Méthodologie
Les scientifiques ont conçu un test cellulaire in vitro, c’est-à-dire que les cellules ont été étudiées en laboratoire plutôt que directement chez les humains ou les modèles animaux. Des cellules de souris retrouvées dans les ganglions de la racine dorsale (DRG), appelées SGC, ont été utilisées pour semi-quantifier le taux d’anticorps anti-SGC IgG dans le sérum et le plasma. L’équipe de recherche a mesuré le taux d’anticorps anti-SGC des personnes atteintes de fibromyalgie et des personnes saines dans des cohortes de l’Institut Karolinska (Stockholm, Suède) et de l’Université McGill. Ensuite, les scientifiques souhaitaient comprendre comment les taux d’anticorps anti-SGC étaient associés à la douleur, au questionnaire sur la fibromyalgie et à l’évaluation quantitative sensorielle. Autrement dit, quelle est la relation entre la quantité d’auto-anticorps, les questionnaires autorapportés et les tests de douleur? Afin de confirmer ces résultats obtenus des études sur la culture de cellules de souris, l’équipe a mis au point une technique complémentaire pour mesurer les concentrations d’anticorps anti-SGC qui se lient au tissu DRG humain.
Résultats
En moyenne, les personnes atteintes de fibromyalgie avaient des taux plus élevés d’anticorps anti-SGC. De plus, les concentrations d’anticorps anti-SGC étaient corrélées de manière positive avec la douleur évaluée par les échelles autorapportées. Dans ce cas, l’équipe de recherche a demandé aux patientes et patients de compléter l’échelle visuelle analogue de la douleur et indiquer le niveau de douleur sur une ligne continue entre deux points. Une autre échelle utilisée était l’échelle numérique d’évaluation de la douleur, dans laquelle les participantes et les participants devaient évaluer le niveau de leur douleur. Les taux d’anticorps étaient également positivement corrélés aux résultats des questionnaires. Cela veut dire que les personnes avec de plus hauts niveaux d’anticorps anti-SGC éprouvaient plus souvent des symptômes douloureux plus importants. De plus, les niveaux d’anticorps étaient également corrélés aux seuils douloureux de pression. Lorsque les personnes atteintes de fibromyalgie étaient divisées en sous-groupes de « douleur importante » et « douleur légère », seul le groupe « douleur importante » présentait des taux élevés d’anticorps anti-SGC en comparaison aux personnes « contrôle ». L’équipe de recherche a pu confirmer ses résultats antérieurs obtenus à partir des cultures de cellules SGC en provenance de souris. Les résultats confirmés auprès de tissu humain du ganglion de la racine dorsale ont permis de constater que le sérum des personnes atteintes de fibromyalgie contenait des niveaux plus élevés d’anticorps contre les SGC humains, en particulier chez les personnes avec plus de douleur.
À retenir
Un sous-groupe de personnes atteintes de fibromyalgie avait des niveaux élevés d’anticorps contre les cellules satellites gliales, en particulier les personnes avec plus de douleur. Ces découvertes ouvrent la voie à de futures recherches visant à mettre au point des tests diagnostiques basés sur les auto-anticorps. Cela permettrait d’identifier les personnes qui pourraient recevoir des traitements à base d’immunomodulateurs qui cibleraient la production et le renouvellement d’auto-anticorps.
