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L’âge et le genre d’une personne influencent l’aide qu’elle recevra pour soulager sa douleur

Le vieillissement de la population et le nombre d’épisodes de douleur qui augmente avec l’âge font en sorte qu’il est essentiel de mieux comprendre les biais chez le personnel soignant qui pourraient nuire à l’évaluation de la douleur et aux soins donnés à une patientèle plus âgée. En effet, les caractéristiques propres à une personne souffrante et au personnel soignant dans le contexte d’une relation de soin influencent l’expression et la perception de la douleur et, ainsi, l’aide qui pourrait être offerte à cette personne souffrante. Parmi ces caractéristiques, il y a le fait d’être associé à un certain groupe d’âge (être jeune ou âgé) et à un certain genre (être un homme ou une femme). Si ces caractéristiques ont été considérées de façon séparée dans des études précédentes, aucune recherche n’a essayé de les manipuler en même temps chez des personnes en douleur et des observateurs et observatrices.

But

Pour améliorer les soins aux populations les plus vulnérables, il est nécessaire de mieux comprendre l’influence de certains biais dans la relation entre les personnes souffrantes et le personnel soignant. L’objectif de cette étude était donc d’examiner l’effet de l’âge et du genre de personnes potentiellement en douleur ainsi que ces mêmes caractéristiques chez des observateurs et observatrices sur leur évaluation de la douleur et l’aide proposée.

Méthodologie

40 jeunes adultes de 18 à 30 ans, dont 20 femmes, et 40 adultes âgés de 50 à 82 ans, dont 20 femmes, ont réalisé une tâche expérimentale sur ordinateur. Il leur a été demandé de jouer le rôle d’un membre du personnel soignant rencontrant divers individus potentiellement en douleur. Les participants et participantes ont visionné de courtes séquences vidéo de personnes souffrant de douleur à l’épaule. Dans ces vidéos, sept intensités de douleur exprimées de façon équivalente sur le visage des personnes (d’aucune douleur à une douleur forte) étaient représentées. De plus, quatre groupes de personnes étaient distingués selon leur âge (jeunes de 19 à 39 ans ou âgés de 58 à 67 ans) et leur genre (femmes ou hommes). Pour chaque vidéo, il a été demandé d’évaluer en deux étapes distinctes la douleur perçue de la personne présentée et l’aide qu’ils ou elles voudraient apporter à celle-ci en indiquant le temps nécessaire pour traiter sa douleur. Selon l’aide apportée, les participants et participantes devaient attendre plus longtemps avant la prochaine vidéo (représenté à l’écran par une jauge de temps) et étaient informé.e.s que le coût du traitement serait plus élevé pour prodiguer les soins. À la suite de la tâche expérimentale, les participants et participantes ont répondu à deux questionnaires sur leur niveau d’empathie (c.-à-d., capacité à comprendre et ressentir les émotions d’autrui) et de désirabilité sociale (c.-à-d., la tendance à se présenter favorablement).

Résultats

Les résultats montrent qu’à un niveau équivalent de douleur exprimée, les individus de genre masculin et ceux plus âgés se font attribuer plus de douleur et se font donner plus d’aide que les individus de genre féminin et plus jeunes, et ce, peu importe l’âge ou le genre des observateurs et observatrices. En effet, les personnes plus âgées pourraient être perçues comme plus vulnérables et ayant besoin de plus de soins médicaux que les personnes plus jeunes. Par ailleurs, il est souvent rapporté que les femmes montrent une plus grande sensibilité à la douleur et un plus grand risque de douleur chronique tandis que les hommes ont moins tendance à exprimer leur douleur. Ainsi, considérant ces biais, un même niveau de douleur exprimée entre les deux genres pourrait être perçu comme une douleur plus élevée chez les hommes que chez les femmes. En somme, l’évaluation de la douleur et l’aide apportée à une personne qui exprime de la douleur semblent plus influencées par l’âge et le genre de cette dernière que par les caractéristiques de l’observateur et observatrice. Toutefois, les jeunes observateurs et observatrices avec un haut niveau de désirabilité sociale jugeaient les personnes plus âgées comme ayant plus en douleur que les personnes plus jeunes. Une partie du biais de l’âge pourrait s’expliquer par le fait que certaines personnes ont tendance à répondre selon ce qui leur semble attendu par l’équipe de recherche ou la société de manière générale plutôt qu’à leur propre interprétation.

À retenir

Pour un même niveau de douleur exprimée, le personnel soignant pourrait percevoir plus de douleur et pourrait prodiguer plus de soins aux personnes âgées et aux hommes comparativement aux adultes plus jeunes et aux femmes. De plus, un membre du personnel soignant plus enclin à se conformer aux normes sociales serait plus susceptible d’accentuer ce biais favorable auprès des personnes âgées. Ainsi, le personnel soignant devrait être formé pour prendre conscience de ces tendances et éviter les risques de sur- ou sous-traitement de la douleur chez des groupes plus vulnérables et marginalisés en santé.

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