Les modèles animaux comme les souris, les rats ou autres nous aident à comprendre les mécanismes de la douleur et à extrapoler les résultats pour en savoir plus sur les maladies humaines. Lorsque la douleur dure plus de trois mois chez l’être humain, nous la considérons comme étant chronique. Considérant la durée de vie relative des humains par rapport à celle des souris, trois mois de vie chez l’être humain correspondent à environ trois jours chez la souris. Cependant, rien ne laisse à croire que la vitesse à laquelle les mécanismes de la douleur chronique se développent au fil du temps est différente chez l’humain et la souris. Donc, trois mois de douleur chez l’humain pourraient être équivalentes à trois mois de douleur chez la souris. La grande majorité des études animales teste la douleur pendant les quatre semaines ou moins à la suite de la blessure l’ayant provoquée. Il semble donc que la douleur chronique réelle ait rarement été étudiée chez les rongeurs.
But
La douleur chronique peut être une source importante de stress et il a déjà été démontré que le stress affecte la mortalité tant que l’être humain que chez la souris. Des scientifiques de l’Université McGill ont voulu déterminer si les lésions nerveuses ou la douleur ressentie à la suite de ces lésions pourraient avoir un impact sur la durée de vie des souris en les testant tout au long de leur vie.
Méthodologie
Pour y parvenir, certaines souris ont reçu une lésion partielle des nerfs qui partent et arrivent au pied (lésion SNI), le même type de lésion pouvant provoquer une douleur neuropathique chez l’homme. D’autres souris ont reçu une lésion simulée. Elles ont été anesthésiées, leur nerf a été exposé, mais non endommagé. Avant l’intervention chirurgicale et tous les trois mois jusqu’à leur mort, les souris ont été pesées et évaluées à l’aide de différents tests de sensibilité à la douleur, et des observations de comportement de garde et de fragilité. Les souris mâles et femelles ont été étudiées.
La sensibilité mécanique a été évaluée avec le test de Von Frey, qui consiste à toucher la patte arrière de la souris avec des filaments en plastique calibrés et ayant différents diamètres jusqu’à ce que la patte arrière soit retirée. Si les souris ressentent davantage de douleur, elles retireront leur patte arrière lorsqu’elles sont touchées par des filaments plus petits (donc plus légers).
La sensibilité au froid a été évaluée avec le test par goutte d’acétone. L’expérimentatrice applique une goute d’acétone sur la patte arrière, qui s’évapore rapidement, refroidissant la peau. Au cours de la minute suivante, on mesure le temps que la souris s’occupe de sa patte arrière (c.-à-d à la renifler, à la lécher et à la secouer. Un plus grand nombre de comportements indique un niveau plus élevé de douleur au froid.
Le comportement de protection et la fragilité ont été notés à l’aide d’une échelle standardisée.
Résultats
Selon les examens comportementaux, les souris mâles affichaient une douleur stable et continue durant toute leur vie après la blessure. Les souris femelles, en revanche, n’ont manifesté de la douleur qu’entre 3 et 6 mois après la blessure. La douleur a complètement disparu pour réapparaître 12 à 15 mois après l’intervention chirurgicale. Rien n’indique que la lésion SNI ait réduit la durée de vie ou la fragilité chez les deux sexes. Cependant, chez les souris mâles uniquement, la douleur elle-même avait un effet sur la mortalité, de sorte que les souris mâles mouraient plus tôt si elles souffraient plus et vivaient plus longtemps si elles souffraient moins.
À retenir
Ce n’est pas la blessure en soi qui a un impact sur la mortalité, mais bien la douleur chronique et ses conséquences découlant après la blessure. Les effets sont spécifiques aux souris mâles, suggérant que les femelles pourraient être résistantes à certaines conséquences négatives de la douleur.
